Wismes

Le Moyen-Âge sous toutes ses formes :

Église Saint-Martin d’Esquerdes (XIIe-XVIe, MH 1916) :

Le village d’Esquerdes possède une des rares églises datant de la transition entre roman et gothique : érigée dans la deuxième moitié du XIIe siècle, l’église Saint-Martin fut remaniée dès le début du XIIIe. Son clocher a conservé sa position centrale et ses baies géminées aux arcades en plein cintre, témoins de ses origines romanes, mais son plan octogonal est devenu rectangle, et il fut consolidé pour porter une massive flèche en pierre, cantonnée de quatre pyramides. Il porte une des plus anciennes cloches du pays, datée de 1528. 
Brûlée par les troupes françaises en 1538, au temps des Pays-Bas espagnols, l’église perdit son croisillon Nord et dut être remaniée. Ses puissants piliers et la nudité de son décor en font un sanctuaire impressionnant, qui abrite le gisant en enfeu (1) d’une dame du XIVe siècle (2), et la plaque funéraire ornée d’un dragon, d’un moine du XVe. Le chœur et la chapelle Sud sont dominés par de lourdes voûtes en croisée d’ogive tandis que la nef se pare d’un lambris en berceau dont les blochets (3), sculptés de visages, tantôt grotesques, tantôt apôtres, semblent se pencher sur les visiteurs. 
 
(1) Tombeau sur lequel figure une statue allongée du défunt, situé dans une cavité de la paroi nommée enfeu.
(2) On suppose la dame en lien avec la famille du maréchal d’Esquerdes qui possédait le château dont on distingue la tour (XVe) de la ferme, non loin de l’église. Entre celle-ci et le château se tenait le cimetière.
 
Église Saint-André de Wismes (XIIe-XVIIe) :
 
L’église Saint-André ne possédait à l’origine qu’une seule nef érigée au XIIe siècle. À cette époque, il existait déjà un château tenu par la famille de Wismes, dont demeure la motte castrale en face de l’église : le château, reconstruit en pierre au XVe, fut  abandonné et tomba en ruines au XIXe. L’église subit une de ses plus vastes restaurations au temps du gothique flamboyant : vers 1500, on ajouta le bas-côté Sud, une chapelle au Nord, et un vaste chœur. Incendiée par les troupes françaises en 1542, l’édifice fut restauré au fil du temps. Le clocher roman octogonal en encorbellement fut restauré au XVIe siècle, et surmonté d’une flèche à crochet artésienne au XIXe. C’est probablement à la famille de Montmorency, seigneur du lieu aux XVe et XVIe siècles, que l’on doit le portail latéral (1) aujourd’hui bouché et ce magnifique chœur haut de quinze mètres, entièrement ceint de stalles de pierre sculptées, surmontées d’une frise où domine le bestiaire médiéval. S’y ébattent les animaux créés par Dieu dans la Genèse, comme le chat ou le sanglier, et des créatures fantastiques auxquelles sont attribués vices et vertus. Sur une colonnette encastrée se cache une sirène, cheveux lâchés, symbole de la luxure et de la tentation. La frise endommagée fut restaurée à l’initiative de l’abbé Michaux entre 1895 et 1902. Les voûtes effondrées des chapelles au Nord ne furent relevées qu’aux XVIIe et XVIIIe siècles. L’une d’elles est dédiée à Saint-Maxime, officier romain du IIe siècle qui se convertit au christianisme après avoir assisté à la montée au Ciel des âmes des martyres Tiburce et Valérien. À cent mètres de l’église, une chapelle marque l’emplacement où le saint aurait fait jaillir l’eau pour aider  une jeune moissonneuse tombée de soif à ses pieds. Derrière la chapelle qui fut rebâtie au XIXe apparaît l’eau d’une source appelée fontaine Saint-Maxime.
(1) La face Sud de l’église donnant vers le château était percée de ce portail en anse de panier sous accolade, entièrement sculpté, et des gargouilles animent encore ses contreforts, tandis que la face Nord côté cimetière a été délaissée, nue de toute ornementation.

 

Église Saint-Martin d’Hallines  (1869, Clovis Normand) :
 
L’ancienne église d’Hallines, modeste édifice du XIIIe (1) maintes fois réparé, était devenue vétuste et trop exigüe. Sa reconstruction intégrale en 1869 est due à la générosité des Dambricourt, industriels papetiers installés dans la vallée de l’Aa depuis 1834, détenant des moulins à Wizernes, Hallines et Wavrans. Pour faciliter l’agrandissement de l’église, la famille cède deux jardins attenant à son château, derrière le chœur, et s’engage à financer entièrement la reconstruction confiée à Clovis Normand (1830-1909), architecte hesdinois qui réalisa les églises de Notre-Dame-des-Ardents d’Arras ou Saint-Martin de Campagne-les-Hesdin. Le temps des travaux, une église provisoire est mise à disposition des fidèles. Lors du creusement des fondations dans l’ancienne église une statue de Notre-Dame-du-Bon-Secours est découverte.
Disciple de Viollet-le-Duc, Clovis Normand livre une vaste église à trois nefs, avec un transept, un chœur flanqué de deux chapelles, une sacristie et une salle de catéchisme adossées aux bras du transept. D’inspiration médiévale, avec ses voûtes et arcatures ogivales, ses tourelles et ses gargouilles, l’église de style néogothique rayonnant décline la rosace quadrilobée dans l’ensemble de ses décors, jusque sur le dallage du chœur où se côtoient les signes du zodiaque, fait assez rare. De nombreuses statues ornent les murs des collatéraux, parmi lesquelles des saints jusqu’alors peu représentés, tel saint Alexandre, évêque d’Alexandrie décédé en 326.